Préface
Naivara est mon dernier avatar en Bordeciel. La dernière d’une longue lignée, mais la plus solide d’un point de vue « role-play ». Pourquoi ? Parce qu’elle tient un carnet. Parce que j’ai découvert un mod qui me permettait d’écrire mes réflexions dans le jeu et pas sur des feuilles volantes qui disparaissaient chaque fois que dans un élan de ras-le-bol, je rangeais mon bureau de fond en comble. Je prends un plaisir fou à écrire son journal. Et ça m’a donné une idée. Plus exactement, ça a donné forme à une idée qui germait depuis longtemps.
Le concept de « jardin numérique », je l’avais vu évoqué à plusieurs reprises sur des blogs que j’aime beaucoup. Mais j’ai détesté le résultat : des piles de post-it qui seraient peut-être mis à jour, aucune réflexion longue et surtout, aucun moyen de s’abonner pour suivre l’évolution des pensées de leurs auteur·ices. Je les apprécie énormément, mais on ne se connaît pas ; des blogs, j’en lis précisément cinquante-deux, même si un certain nombre d’entre eux ne sont plus mis à jour – j’espère toujours. Quand je suis retournée dans l’un de ces jardins, je n’ai pas été capable de définir s’il avait changé ou pas. Bref, je n’y remettrai pas les pieds.
Quant au Carnet Orange, j’ai beau l’aplanir, l’observer de loin puis le scruter de près, rien à faire : ce n’est pas le lieu. Je répugne à le transformer, parce que c’est ma tanière.
Mais j’en reviens à Naivara. Elle arpente Skyrim depuis quelques jours. Elle observe, elle consigne, elle apprend. Pendant ce temps-là, moi, je vis mon jeu préféré au ralenti. Mais genre, vraiment. Je ne cours pas. Je ne me téléporte pas. Je ne gagne pas de niveaux. Je regarde.
Je me suis rendu compte que je ne rongeais pas mon frein, c’était tout le contraire. Quand tu sautes d’un lieu à l’autre et que les quêtes s’accumulent, le jeu devient une to do-list. En fait, me suis-je dit, la vie, c’est exactement pareil.
C’est donc comme ça que sont nés Les chemins de Naivara. C’est l’espace dont j’avais toujours rêvé sans être capable de le formaliser. Un endroit où enregistrer des notes éparses, littéralement : éparpiller au gré des envies, mais conserver, et retrouver.